La saison de Schrödinger ou la roulette des dossards

Demain, 1er octobre, des dizaines de milliers de coureurs ouvriront leurs courriels pour savoir s’ils courront le Marathon de Paris. Pour sa 50e édition, le 4 avril 2027, Paris abandonne le « premier arrivé, premier servi » et passe au tirage au sort. Il rejoint Tokyo, Londres, Berlin, Chicago, Sydney et New York.

C’est plus équitable d’après les organisateurs. Mais pour qui veut construire sa saison, c’est un casse-tête.

Tu connais le chat de Schrödinger ? Enfermé dans sa boîte, il est à la fois mort et vivant tant qu’on ne l’a pas ouverte. Ta saison est dans le même état. Tant que les tirages ne sont pas tombés, elle est à la fois pleine, vide et parfaite. Et pourtant, il faut déjà s’entraîner, réserver et s’engager.

Trois pièges

Le piège du calendrier. Chaque organisateur tire à sa date, sans se coordonner avec les autres. Pour les éditions 2026, le tirage de Tokyo se jouait fin août 2025, ceux de Berlin et de Sydney entre fin septembre et début novembre, et celui de Chicago plus tard encore. Quand tu dois te décider pour la course B, tu ne connais pas le résultat de la course A. Tu ne fais pas un choix, mais une suite de paris à l’aveugle.

Le piège du coût. Il existe trois modèles d’inscription :

  • Le tirage sans engagement. Participer est gratuit et, si tu es tiré, tu as quelques jours pour confirmer et payer. Tu peux encore dire non. C’est le choix de Paris : tirage gratuit, puis 72 heures pour régler les 169 € du dossard.
  • Payer pour tenter. Tu paies des frais de dossier même si tu perds. Mais si tu gagnes, tu restes libre de ne pas t’inscrire.
  • Le tirage avec engagement. Participer ne coûte rien, mais si tu es tiré, ta carte est débitée automatiquement. Ce modèle a l’air indolore, et c’est pourtant le plus dangereux : c’est lui qui peut te laisser avec trois dossards payés.

Le piège du résultat. Tu veux une course objectif, une seule. Le hasard peut t’en donner zéro, ou trois. Dans les deux cas, ta planification a échoué.

Le calcul qui fait mal

Imaginons un coureur qui tente quatre loteries, avec une chance sur quatre d’être tiré à chacune :

RésultatProbabilité
Aucune course32 %
Exactement une course (l’idéal)42 %
Deux courses ou plus26 %

Dans près de six cas sur dix, la saison ne se passe pas comme prévu. Et c’est un scénario optimiste! Pour les marathons les plus demandés, les chances sont souvent bien inférieures:

En supposant que trois tirages soient indépendants avec 1 chance sur 13 (Londres), 1 sur 10 (Tokyo) et 1 sur 6 (Paris), on en arrive à cette rigolade de préparation pour 2027! :

Nombre de coursesProbabilitéSoit environ
0540/780 = 69,2 %7 chances sur 10
1213/780 = 27,3 %1 chance sur 4
226/780 = 3,3 %1 chance sur 30
31/780 = 0,13 %1 chance sur 780

C’est tout le paradoxe des loteries. Pour réduire le risque de n’avoir aucune course, on tente plus de tirages. Mais chaque tirage ajouté augmente le risque d’en gagner trop et dans tous les cas de se ruiner!

Le casse-tête de l’entraîneur

Un bloc spécifique marathon dure 12 à 16 semaines. Le hasard des tirages le perturbe de trois façons.

Tiré deux fois. En 2026, Sydney se courait le 30 août et Chicago le 11 octobre, six semaines plus tard. On ne prépare pas deux vrais objectifs à six semaines d’écart. Il faut sacrifier une course, et souvent l’argent qu’on y a mis.

Tiré nulle part. Le coureur a parfois déjà entamé son bloc. Il doit se rabattre sur une course ouverte, qui n’a ni le même profil, ni la même date, ni le même attrait.

Tiré trop tard. C’est le piège le moins visible. Un tirage peut tomber dans les temps pour l’organisation, mais trop tard pour l’entraînement. Si le résultat arrive moins de 16 semaines avant la course, le bloc aurait déjà dû commencer. Tu dois alors t’entraîner pour une course que tu n’as peut-être pas.

Comment s’en sortir (si c’est possible)

  1. Cours de marathon sans lotterie. Tu passeras forcement un message: ce qui fait un événement, ce sont les coureurs.
  2. Inscris-toi à une course filet de sécurité. Choisis une course sans loterie, avec des inscriptions ouvertes, et place-la là où elle pourra servir de plan B si tous les tirages échouent.
  3. Classe les loteries par date de tirage, pas par envie. Construis ton arbre de décision à l’avance : « si je suis tiré à A, je ne tente pas C ».
  4. Méfie-toi du tirage avec engagement. Si tu multiplies les candidatures, privilégie les tirages sans engagement et les frais de dossier : leur coût est connu d’avance. Le débit automatique, lui, peut se multiplier.
  5. Commence par un bloc générique. Construis ton foncier sans date fixe, puis spécialise ton entraînement dès que le résultat tombe.
  6. Explore les voies hors loterie. C’est rageant d’être « forcé » à ça mais : Temps de qualification, dossards solidaires, agences de voyage, formules de groupe, politiques de report ou de transfert : chaque course a les siennes. À Paris, la formule « Esprit d’équipe » permet à un groupe de deux à six coureurs d’être tiré ensemble. Les « Dossards Engagés », eux, sont réservés à ceux qui soutiennent une association partenaire, avec 85 € de frais et une collecte d’au moins 420 €.

Et si les marathons faisaient comme Parcoursup ?

Parcoursup a bien des défauts, mais il a une qualité : tu formules tous tes vœux dans la même fenêtre, les réponses arrivent à partir d’une même date, et c’est seulement ensuite que tu choisis. Personne ne te demande de t’engager sur un vœu avant de connaître la réponse à un autre.

Les organisateurs ont choisi la loterie pour être plus équitables. Ils iraient au bout de cette logique en coordonnant leurs tirages : une fenêtre commune, ou au moins des résultats connus avant que les engagements ne tombent.

En attendant, la boîte reste fermée. À toi de préparer une saison qui tienne debout, quel que soit le résultat.

Sources

Avertissement: écrit avec l’aide de l’IA (si jamais vous êtes allergique!)

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Commentaire sur “La saison de Schrödinger ou la roulette des dossards”